En Albanie, environ 50 % de la population vit en zone côtière. De même, environ 80 % de l’industrie et 70 % des exploitations agricoles sont concentrées dans les basses terres le long de la côte adriatique. Mais les ressources et les écosystèmes marins de la région sont en danger et doivent faire face à des menaces écologiques croissantes et à des pressions accrues de la part de tous les secteurs de l’économie bleue, notamment la gestion non durable des stocks de poissons, les eaux usées non traitées, le ruissellement agricole et les déchets marins, le tourisme non durable et le changement climatique.

Cette réunion nationale a marqué la clôture du projet Interreg MPA NETWORKS

Dans ce contexte, l’Institut pour la conservation de la nature en Albanie (INCA), partenaire du projet Interreg MPA NETWORKS, a organisé une réunion nationale sur le thème suivant: “Vers un environnement marin durable”.

La réunion a présenté et discuté le document “Recommandations politiques” publié par le projet MPA NETWORKS, en soutien aux processus de prise de décision et à la mise en œuvre de politiques pour l’efficacité de la gestion des AMP aux niveaux local, national et international, ainsi que l’identification des priorités et des outils pour leur intégration dans les politiques nationales. Dans le cadre des activités du projet, INCA a engagé des experts locaux pour contextualiser les recommandations politiques pour la situation en Albanie et proposer des actions prioritaires concrètes au niveau national. Leurs conclusions ont été présentées lors de la conférence finale en fonction des politiques prioritaires clés du document “Recommandations politiques” énumérées ci-dessous :

“Encourager la gouvernance collaborative et la cogestion en mer Méditerranée” :

L’analyse de la situation en Albanie montre qu’il y a des progrès significatifs dans l’établissement d’une administration dédiée aux aires marines protégées et dans la formalisation de la coopération de diverses institutions au sein du comité de gestion des aires protégées. Cependant, la coopération interinstitutionnelle est faible et la participation des autres parties prenantes à la gestion des aires marines protégées est limitée. En outre, les autorités chargées de l’application de la loi sont peu sensibilisées à la préservation des ressources marines. Pour remédier à cette situation, il est recommandé de :

  • Améliorer et/ou développer des mécanismes pour formaliser la coopération interinstitutionnelle et le partage des responsabilités pour la gestion du milieu marin, y compris l’application de la loi.
  • Renforcer les capacités des institutions et des parties prenantes concernées sur les questions de gestion durable.
  • Développer et promouvoir des modèles et des mécanismes de cogestion.

“Renforcer le niveau de protection forte/intégrale de la mer Méditerranée” :

L’analyse montre que le niveau de protection des aires marines en Albanie (4,3%) est encore loin des objectifs mondiaux et régionaux. Il n’existe qu’une seule aire marine protégée dans le pays (Karaburun Sazan MNP) et un certain nombre d’aires protégées côtières s’étendant jusqu’à la mer, avec des activités de conservation marine limitées. Les principales recommandations sont les suivantes :

  • Augmenter le nombre et la couverture des aires marines et côtières protégées pour atteindre les objectifs régionaux et mondiaux.
  • Améliorer le cadre juridique afin de garantir une autorité et des compétences appropriées pour l’application de la loi dans le milieu marin.
  • Renforcer les capacités (nombre et compétences du personnel de surveillance) et fournir des équipements et des outils adéquats pour assurer une surveillance et une application appropriées des régimes de protection.

“Développer une gestion en réseau des espèces mobiles en mer Méditerranée” :

L’analyse montre que les activités de gestion des espèces mobiles sont limitées. Des efforts de recherche sont déployés pour évaluer les corridors et les sites d’alimentation et de reproduction des phoques moines et des tortues marines. En outre, il y a eu quelques activités d’éducation et de sensibilisation sur la manipulation en toute sécurité des requins (élasmobranches) et d’autres espèces qui se retrouvent comme prises accessoires dans les filets des pêcheurs. Les principales recommandations sont les suivantes :

  • Améliorer la gestion des centres de soins existants et éventuellement en créer de nouveaux pour les espèces mobiles.
  • Identifier et cartographier les corridors de transition pour les espèces mobiles au niveau national.
  • Partager les données sur les espèces mobiles au niveau régional et contribuer à l’harmonisation des protocoles de suivi.

“Soutenir la gestion durable de la pêche à petite échelle comme un facteur clé de succès de la culture méditerranéenne de protection du milieu marin” :

L’analyse montre qu’il n’existe pas de données précises et fiables sur la taille et l’impact de la pêche artisanale en Albanie. La plupart des navires de pêche artisanale ne sont pas correctement enregistrés et ne déclarent pas régulièrement les débarquements et les engins de pêche utilisés. L’activité de pêche récréative n’est pas réglementée de manière adéquate et l’application des limitations existantes (quotas, engins, horaires) est limitée. La participation des pêcheurs artisanaux à la gestion des ressources marines, y compris la gestion des aires marines protégées, est limitée. Les capacités sont limitées et les compétences se chevauchent en matière d’application de la loi. Il n’y a pas encore de “zones interdites”. Les principales recommandations sont les suivantes :

  • Soutenir les activités de suivi et de recherche sur la pêche artisanale afin d’améliorer les connaissances sur l’effort et l’impact sur les ressources marines.
  • Améliorer les infrastructures pour soutenir la pêche artisanale durable (sites de débarquement, installations de stockage, commercialisation, etc.)
  • Renforcer les capacités et soutenir la coordination et l’organisation des pêcheurs à petite échelle.
  • Soutenir la participation des pêcheurs artisanaux aux activités de suivi et de gestion.
  • Améliorer le cadre juridique (clarifier les compétences), renforcer les capacités et fournir des équipements adéquats pour garantir une application correcte de la réglementation en matière de pêche.
  • Améliorer le cadre juridique afin de faciliter le développement de la pêche récréative et des activités touristiques liées à la pêche en tant que source de revenus pour les pêcheurs artisanaux.

“Catalyser les opportunités de financement durable pour la mer Méditerranée” :

L’analyse montre que le niveau de financement de la gestion des aires marines protégées est bien au-delà des besoins. Le budget de l’État ne couvre que les salaires d’un nombre limité d’employés et les coûts opérationnels. Les flux financiers internationaux provenant de divers projets de donateurs (GEF, MedFUND, CEPF, AICS) couvrent la plupart des activités de suivi et de conservation de l’aire marine protégée. L’aire marine protégée dispose d’un plan d’affaires qui soutient la mise en œuvre du plan de gestion. Cependant, l’absence d’un cadre juridique approprié ne permet pas d’utiliser correctement les revenus générés au sein de l’aire protégée pour couvrir les activités de gestion. Les principales recommandations sont les suivantes :

  • Soutenir les activités de recherche sur l’évaluation des services écosystémiques et la valorisation du capital naturel pour l’environnement marin.
  • Élaborer/améliorer le cadre juridique pour permettre la collecte et l’utilisation appropriées des revenus générés dans les aires protégées.
  • Augmenter le niveau de soutien financier pour la gestion des aires marines protégées.
  • Identifier et mettre en œuvre des mécanismes de financement innovants pour soutenir la gestion des aires marines protégées.

“Soutenir le tourisme durable basé sur la nature en mer Méditerranée” :

L’analyse montre que l’Albanie travaille bien à l’élaboration de stratégies nationales pour le développement du tourisme, y compris le tourisme marin et naturel. Toutefois, le tourisme reste essentiellement fondé sur des modèles saisonniers et les infrastructures touristiques intelligentes sur le plan climatique et neutres en carbone, ainsi que les programmes d’économie circulaire, sont peu pris en considération. Il n’existe pas de processus approprié d’écolabellisation et d’écocertification. Il n’y a pas d’évaluation des impacts socio-économiques des activités touristiques dans les AMP et aucune information sur les impacts cumulatifs sur les écosystèmes marins et côtiers, y compris ceux des nouvelles pratiques récréatives. Les principales recommandations sont les suivantes :

  • Promouvoir le rôle clé des AMP dans la préservation des écosystèmes côtiers et marins tout en soutenant le développement du tourisme durable.
  • Soutenir, dans le cadre de la politique nationale du tourisme, des modèles alternatifs et moins saisonniers au tourisme de masse, en recherchant davantage de durabilité environnementale et d’avantages sociaux et en favorisant des infrastructures touristiques intelligentes sur le plan climatique et neutres en carbone, ainsi que des programmes d’économie circulaire.
  • Soutenir l’évaluation des impacts socio-économiques des activités touristiques dans les AMP et leurs environs afin de mieux comprendre la réalité des impacts cumulatifs sur les écosystèmes marins et côtiers, y compris ceux des nouvelles pratiques récréatives, pour favoriser le tourisme durable.
  • Promouvoir et soutenir la mise en œuvre de la capacité de charge en tant qu’outil flexible pour la gestion adaptative des AMP et de leurs environs qui complètent l’évaluation des impacts du tourisme.

Organisée sous la forme d’une table ronde, la réunion avait pour objectif de plaider en faveur d’une gestion efficace de l’environnement marin et, à cette fin, elle a examiné les initiatives ou les activités qui sont menées ou prévues en Albanie par les différentes institutions et les donateurs pour garantir un environnement marin durable dans le cadre du développement de l’économie bleue contribuant au bon état écologique de la mer, de la planification de l’espace maritime et de l’atténuation et de l’adaptation au changement climatique. Les principales discussions ont mis en évidence les engagements nationaux pour la mise en œuvre des accords internationaux qui contribuent à l’amélioration de la gouvernance maritime, l’intégration sectorielle et les perspectives de développement durable.