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Slogan de la campagne de Formentera pour sensibiliser à la conservation de la posidonie

“C’est comme le courant d’une rivière, tout le monde est emporté… et nager à contre-courant n’est pas une option…”, tel est le résumé enthousiaste proposé par Jorge Moreno et Marcial Bardolet du gouvernement des îles Baléares à propos de leur “new deal” pour la posidonie.

En effet, au cours des dernières années, les Baléares se sont pleinement engagées dans la protection de la posidonie. Tout a commencé avec le décret 25/2018, publié il y a 3 ans, qui prévoit une réglementation concrète et étendue relative à la posidonie. Ce décret a été promulgué par le gouvernement des Baléares afin de clarifier la législation en place et de rapidement prendre des mesures pour protéger la posidonie dans une région d’Espagne fortement impactée par le tourisme de masse et le tourisme nautique.

Lire le décret – espagnoltraduction anglaise

Un grand nombre d’activités en lien avec la posidonie sont détaillées et réglementées dans le décret 25/2018, l’une des plus emblématiques étant qu’il est désormais interdit et amendable de jeter l’ancre dans toutes les zones couvertes par la posidonie autour des îles Baléares, ce qui représente une superficie impressionnante de 650km2.

Une cartographie détaillée

Plusieurs mesures sont mises en place pour garantir le respect de cette réglementation. Tout d’abord, une cartographie détaillée des champs de posidonies a été réalisée et une application destinée aux capitaines et aux plaisanciers a récemment été publiée pour les aider à sélectionner les endroits appropriés pour s’amarrer et s’assurer que chaînes et ancres restent en dehors des posidonies. L’application peut être téléchargée ici : : https://atlasposidonia.com/en/app-posidonia-2/

Un nouveau site web, atlasposidonia.com, accompagne cette nouvelle application pour partager cette vaste cartographie ainsi que les bonnes pratiques de navigation. Il est intéressant de noter que le gouvernement des Baléares a partagé la cartographie avec Donia, https://donia.fr/, une des premières applications à proposer aux marins des outils pour les aider à respecter les écosystèmes marins sensibles. Le gouvernement travaille également avec Navionics/Garmin et les éditeurs officiels de cartes marines pour trouver des moyens de promouvoir les bonnes pratiques liées à la posidonie.

Aide et surveillance

La surveillance est bien sûr essentielle, et 15 bateaux affrétés par le ministère régional de l’environnement pour la surveillance posidonie sortent tous les jours de juin à septembre pour vérifier si les bateaux sont bien ancrés. Des bateaux des gardes des Aires Marines Protégées, des champs d’éco-mouillage (le Ministère régional de l’environnement et du territoire gère 8 champs d’ancrage avec plus de 250 bouées à faible impact), de la surveillance des plages ou autres se joignent également à l’effort pour un total de 30 embarcations en mer. Leur objectif principal est de changer les habitudes, d’informer, de s’assurer que les bateaux ne sont pas ancrés sur ou trop près des posidonies et de demander aux contrevenants de se déplacer le cas échéant. Ils s’occupent également d’autres questions telles que l’enlèvement des déchets, l’assistance aux tortues, etc. qui contribuent à leur acceptation. Si les autorités environnementales sont de la partie, le ton peut être plus sévère car elles peuvent émettre des avertissements légaux ou des amendes. Mais dans tous les cas, on choisit de convaincre plutôt que de contraindre… si possible.

En 2020, environ 73 000 bateaux ont été contrôlés et environ 6 000 bateaux ont été invités à passer de la posidonie au sable. Ce nombre diminue d’année en année, ce qui prouve que les mesures mises en place sont efficaces.

Une fréquence VHF spéciale, canal 68, est également configurée pour offrir une assistance au mouillage aux navires de 15 à 110 mètres. Plus de 6 000 bateaux ont bénéficié de ce service en 2020.

Communication

De nombreuses campagnes de communication, de projets et de contacts directs avec le public contribuent également à la prise de conscience de la nécessité de protéger la posidonie. Pour n’en citer que quelques-unes : une campagne ” adoptez un mètre carré de posidonie ” à Formentera appelée Save Posidonia Project, une marque de bière ou de parfum populaire s’embarquant sur le thème, un festival de la posidonie, des brochures, des affiches, des panneaux urbains, des devantures de vitrine, des présentations pour salons nautiques et agents de charter…

Gestion des banquettes

Le décret comprend également des mentions spécifiques (article 6 et annexe 2) consacrées à la gestion des banquettes de posidonies sur les plages. La posidonie étant une espèce légalement protégée, ces banquettes le sont également ; mais il était nécessaire de clarifier la meilleure façon de traiter la question. Le gouvernement des Baléares est impliqué dans le projet Interreg Med POSBEMED 2 project pour travailler sur ce sujet.

Financement

Enfin, le décret prévoit également la création d’un fonds pour la posidonie et d’un comité posidonie chargé d’identifier les projets devant être soutenus par le fonds. Le fonds pour la posidonie collecte les compensations versées par les projets qui peuvent être préjudiciables à la posidonie, tels que les aménagements portuaires ou l’installation de canalisations… Les agences responsables de ces travaux peuvent choisir de replanter la posidonie ou de donner au fonds. La plupart choisissent de donner au fonds. Le fonds a jusqu’à présent collecté 400 000 euros pour des projets dédiés aux activités de posidonie. Le comité Posidonie décide de l’affectation des fonds et rassemble toutes les parties prenantes avec une présidence assurée par le ministre régional de l’environnement. Le fonds financera par exemple le suivi de la posidonie autour des îles pour les 3 prochaines années.


Ce travail sans précédent réalisé pour la préservation de la posidonie est le résultat d’une forte volonté politique mais aussi de la coopération d’un grand nombre d’acteurs et d’une coordination entre les organismes gouvernementaux tels que le ministère de l’environnement et du territoire, la direction générale des espaces naturels et de la biodiversité, IBANAT, l’autorité environnementale, la direction générale de la pêche et des réserves marines, les agents maritimes et les compagnies de charter, le service maritime de la garde civile, les ports et l’autorité portuaire, le 112 et les lignes d’urgence, l’administration nationale, d’autres gestionnaires…

Le succès de ce décret et des mesures prises pour l’appliquer est tel que d’autres provinces espagnoles, comme Valence et la Catalogne, cherchent à adopter des mesures similaires et sont en lien avec les Baléares pour tirer parti de leur expérience.

Pour en savoir plus, consultez la présentation complète :
https://drive.google.com/file/d/1Wx3FcCj-lIOjWrMbkkvXRVm4ErFSkCLM/view


Enfin, pour aller encore plus loin, le gouvernement des îles Baléares est un membre actif du tout nouveau Mediterranean Posidonia Network qui, sous la coordination de l’Office français de la biodiversité, rassemble une quinzaine de pays et plusieurs organisations (dont MedPAN) dans le but d’accroître la capacité de chaque pays à mieux protéger la posidonie et à prévenir sa dégradation future. Il rassemble des données intéressantes sur la posidonie, la plaisance et les réglementations nationales. https://medposidonianetwork.com/