La mer Méditerranée, un haut lieu de biodiversité marine

La Méditerranée est une mer semi-fermée, dont les eaux baignent les côtes de 21 pays d’une région qui a été, pendant des siècles, le berceau de grandes civilisations. Son histoire géologique, son évolution écologique et ses particularités humaines sont des éléments qui ont marqué la région méditerranéenne en termes de biodiversité, de diversité culturelle, politique et socioéconomique.

Connue comme l’une des zones importantes de la planète en matière de biodiversité marine, la mer Méditerranée héberge des habitats, des espèces et des associations floristiques et faunistiques d’une importance écologique particulière. Sa richesse et sa qualité contribuent au bien-être des populations et au développement des territoires littoraux. Même si des lacunes importantes persistent encore en termes d’informations et de données fiables relatives à la biodiversité de nombreuses zones méditerranéennes, une évaluation scientifique récente, coordonnée par le CAR/ASP, a mené à l’identification de 10 zones qui pourraient répondre aux critères1 fixés dans le cadre de la CDB pour des Zones d’Importance Ecologiques ou Biologiques.

D’autres initiatives régionales ont contribué à identifier des zones clé à protéger: le WWF a identifié 13 zones clé à protéger (2001), Greenpeace a identifié 33 réserves marines (2004), ACCOBAMS a recensé 15 zones à p rotéger (2007). Plus récemment, Oceana, dans son rapport MedNet a proposé 100 sites pour un réseau d’AMP en Méditerranée (2011-2012), la CIESM a identifié 8 zones pour de futurs Parcs Marins pour la Paix transfrontaliers (2011).

Les pressions

Les écosystèmes marins en Méditerranée sont soumis à d’importantes pressions. Les risques portent sur la valeur intrinsèque des écosystèmes mais également sur la perte de biodiversité et des habitats naturels qui jouent un rôle majeur pour la santé humaine, le cadre de vie, la production de nourriture et la disponibilité de ressources naturelles pour le développement économique et le bien-être des populations riveraines. La mer Méditerranée est soumise à des perturbations anthropogéniques, en particulier sur la bande côtière, et de nouvelles pressions potentielles ou réelles émergent en mer ouverte, ainsi qu’à des changements dans les caractéristiques environnementales résultant des changements globaux.

Le développement côtier (agricole, industriel,…) et l’urbanisation avec leurs sources d’impacts associés sont parmi les principales menaces et se sont intensifiés ces dernières années. 450 millions de personnes vivent dans le bassin méditerranéen, 40% d’entre elles résidant sur la bande côtière. Cette croissance démographique importante sur la bande côtière contribue à la dégradation des paysages, l’érosion du sol, l’augmentation des déchets en mer, la destruction et la fragmentation des habitats naturels, ainsi qu’à l’aggravation du statut des espèces vulnérables en danger.

Le développement d’activités dans les zones côtières (industrie de pêche, aquaculture, tourisme, urbanisation…) a créé des opportunités économiques, mais il a aussi affecté les conditions de vie des populations locales.

La région méditerranéenne est l’une des régions touristiques les plus importantes du monde ; elle attire environ 30% du tourisme international. Cette situation permet de générer des bénéfices pour les économies des pays concernés mais entraîne également des impacts négatifs significatifs sur l’environnement marin, du fait du développement incontrôlé sur la zone côtière, de son impact sur la dégradation des herbiers marins, d’une utilisation croissante des ressources hydriques et de la production de déchets solides et d’eaux usées.

Le transport maritime est une autre activité économique importante pour la région : il représente environ 30% de l’activité commerciale maritime internationale et 25% du transport pétrolier maritime. Les risques qui lui sont liés en matière de pollution accidentelles ou volontaires, de transports d’espèces exotiques sont encore mal maitrisés.

La pêche professionnelle représente une autre activité vitale en Méditerranée en termes d’emploi, de revenus et de sécurité alimentaire. La pêche récréative représente un secteur important pour certains territoires. Son continuel développement est peu contrôlé. L’augmentation incontrôlée de l’effort de pêche enregistrée depuis des années dans de nombreux pays méditerranéens a mené au déclin de nombreux stocks de poissons. Selon les dernières évaluations réalisées par la Commission Générale des Pêches en Méditerranée (CGPM), près de 90% des stocks de poissons évalués sont surexploités.

La mer Méditerranée est également considérée comme l’une des mers où les conséquences du changement climatique seront les plus visibles dans les années à venir. De nombreux territoires sont déjà touchés par ces impacts, notamment en matière d’érosion côtière. De nombreux scientifiques et usagers constatent l’apparition et l’évolution spatio-temporelle de l’apparition de nouvelles espèces dont certaines sont invasives.

L’aquaculture présente des pressions locales plus ou moins fortes en fonction des sites, et son développement soutenu par de nombreuses politiques publiques pose des questions en matière d’impacts notamment sur le milieu, les pêcheries et les stocks associés à la matière première nécessaire à l’alimentation.

Les changements en cours en matière de ressources disponibles et du coût de l’énergie conduisent à l’accentuation de pressions diverses et rendent de plus en plus difficile la planification spatiale au profit de différents acteurs intéressés par l’espace (dessalement, éoliennes/hydroliennes,…) ou par les ressources des fonds marins (granulats, pétrole, gaz, minéraux rares, biotechnologies). Ceci est de nature à réduire l’espace disponible pour des AMP ou pour des acteurs traditionnels (pêche artisanale) et affecter la nécessaire connectivité ou représentativité du réseau des AMP.

Mieux considérer la vulnérabilité des écosystèmes marins et côtiers et les équilibres socio-économiques et culturels associés aux acteurs traditionnels dans un tel contexte de pressions, est essentiel pour garantir la résilience de ces écosystèmes et la valorisation de pratiques durables d’exploitation des ressources renouvelables.