Le projet FishMPABlue2 a pour objectif de tester sur le terrain un ensemble de mesures pour améliorer la gouvernance de la pêche artisanale dans les Aires Marines Protégées de Méditerranée.

Les 11 AMP participant à ce projet ont donc pour mission de sélectionner les mesures qui leur semblent pertinentes compte-tenu de leurs problématiques terrain et de définir et mettre en oeuvre un calendrier d’activités pour les tester. Ce travail, appelé Plan de Mise en Oeuvre du Projet Pilote (PMOPP) est effectué en accord avec les pêcheurs de la zone.

Le PMOPP du Parc Marin de la Côte Bleue en France, une des AMP participant au projet, a été approuvé en juillet 2017 par le comité de gouvernance local composé de l’organisme de gestion du parc et des pêcheurs locaux . Il est maintenant validé par le 1er prud’home de Martigues.

Ce PMOPP est axé autour de 3 mesures clés: 1) Favoriser l’engagement des pêcheurs avec des réunions d’actualité sur la pêche – 2) Accroitre l’effort de surveillance – 3) Valoriser les produits et l’activité de pêche.

Le contexte

Les pêcheurs du Parc Marin de la Côte Bleue connaissent les mêmes difficultés de raréfaction de la ressource et de conflits d’usages qu’ailleurs mais l’historique de ce parc a facilité un dialogue constructif entre pêcheurs et gestionnaires.

Le Parc Marin de la Côte Bleue s’est créé en 1983 sur la base d’une coopération expérimentale entre les collectivités publiques et la pêche professionnelle pour mettre en œuvre un programme de développement durable de cette activité, de protection du milieu marin, et de sensibilisation du public.

Le Parc Marin de la Côte Bleue n’est doté d’aucune compétence juridique pour intervenir en mer, et c’est donc uniquement sur la base d’un consensus que les règlementations et les aménagements du Domaine Public Maritime ont été adoptées et autorisés par l’Etat.

L’assise de cette co-construction repose depuis l’origine sur le dialogue avec les organisations professionnelles de la pêche, et en particulier les Prud’homies[1] de Marseille et de Martigues qui se partagent le territoire la Côte Bleue. Mais au cours de ces 3 décennies, les évolutions de l’encadrement de la pêche ont conduit à une situation de bouleversement régulier des organisations professionnelles de la pêche. Cette situation est très variable, mais on constate de plus en plus une organisation très fluctuante au gré des élections professionnelles, et parfois un manque de relais locaux.

La représentation des pêcheurs de la Côte Bleue au sein du Comité Syndical du Parc Marin de la Côte Bleue est effective, mais ce Comité Syndical, composé par ailleurs d’élus communaux, régionaux et départementaux traite avant tout des obligations formelles de gestion d’un établissement public (décisions budgétaires, marchés publics, fonction publique territoriale,…). Et malgré des contacts quotidiens avec les pêcheurs individuels dans les ports, il n’y a pas de réunions de concertations formelles régulières. Il apparait donc de plus en plus un besoin de contacts plus réguliers et d’échanges collectifs des pêcheurs avec le Parc Marin de la Côte Bleue et surtout avec les services de l’Etat chargés de la pêche, de la règlementation, et des contrôles.

Car les pêcheurs professionnels de la Côte Bleue connaissent actuellement une baisse des apports et donc de leur revenu. Ils sont également confrontés à une concurrence en provenance de la pêche de loisir, une activité en pleine croissance, qui cible les mêmes espèces que les pêcheurs professionnels et qui induit un phénomène de vente illégale des produits de cette pêche. Il a été démontré sur la Côte Bleue que les prélèvements de la pêche de loisir sont équivalents à ceux de la pêche professionnelle sur le territoire.

Les mesures à tester dans le cadre du projet FishMPABlue2

Favoriser l’engagement des pêcheurs : réunions d’actualité sur la pêche

Tous les 6 mois des réunions régulières avec les pêcheurs, l’administration maritime et le Parc Marin de la Côte Bleue seront organisées. Ces réunions auront plusieurs objectifs :

  • Pour les pêcheurs professionnels : échanger régulièrement et collectivement avec les services de l’Etat chargés de la mer et de la pêche, afin de faire remonter les problématiques de terrain ;
  • Pour les services de l’Etat : informer directement les pêcheurs de l’actualité administrative et règlementaire de leur activité, ainsi que des priorités de l’Etat en matière de gestion des ressources, de contrôle, de gestion des différents usages en mer, ou d’environnement ;
  • Pour le Parc Marin de la Côte Bleue : faire connaitre les projets de l’AMP, présenter les résultats de certaines études, et orienter son action de façon plus concertée sur l’objectif du développement durable de la pêche côtière.

Une réunion a déjà eu lieu  en avril 2017, les trois autres rencontres  sont prévues en 2018.

Accroître l’effort de surveillance

L’effort de surveillance déployé par le Parc Marin de la Côte Bleue est très important et porte sur 2.500 heures par an et 2,5 ETP (Equivalent Temps Plein). Cependant, il est essentiellement concentré sur la période de haute fréquentation estivale, du fait de la possibilité de recruter des personnels saisonniers entre le mois d’avril et le mois de septembre.

L’effort de surveillance en hiver sera donc augmenté par le recrutement d’un agent de terrain. Ainsi la surveillance sera intensifiée sur les réserves, notamment la nuit, ainsi que sur l’ensemble du périmètre du Parc Marin de la Côte Bleue, dans la période où la concurrence entre la pêche professionnelle et la pêche de loisir est la plus forte, en particulier sur les sparidés. Les objectifs sont :

  • D’augmenter la présence en mer afin de mieux identifier les activités anormales ;
  • D’améliorer les synergies d’intervention avec les services de surveillance de l’Etat et le Sémaphore du Cap-Couronne (surveillance en mer qui dépend de la Marine nationale) pour détecter les activités professionnelles et de loisir à suivre et à sanctionner ;
  • D’intervenir de façon préventive ou répressive sur les infractions de pêche[2].

Un agent de terrain a été engagé par le Parc Marin de la Côte Bleue du 1er octobre au 31 décembre 2017 et du 1er janvier au 31 mars 2018.

Valorisation des produits et de l’activité de pêche

Il s’agit ici d’impulser une démarche de valorisation des pêches locales. C’est une démarche parallèle au déploiement des outils du projet FishMPAblue2, et qui s’inscrit sur des échéances plus longues.

La valorisation des produits de la pêche locale est jugée comme un axe important par les pêcheurs professionnels, dont certains se sont déjà engagés dans des démarches ponctuelles, ou vers une diversification de leur activité avec le Pesca-tourisme.

Ici aussi, dans le contexte décrit plus haut de baisse des débarquements et donc du revenu des pêcheurs professionnels, une valorisation de leur activité et des produits de la pêche locale auprès du public et des acheteurs peut contribuer à stabiliser l’effort de pêche, voire à le diminuer. L’action consistera à :

  • Passer en revue les outils de valorisation déjà éprouvés par ailleurs ;
  • Sélectionner les actions possibles avec les pêcheurs ;
  • Concevoir et réaliser les produits issus de cette réflexion ;
  • Accompagner sur le terrain l’appropriation de ces outils par les pêcheurs.

 

Une étude sera lancée début  2018 afin d’évaluer les besoins des pêcheurs. Ensuite, le Parc Marin de la Côte Bleue travaillera sur les outil(s) à mettre en œuvre dans les ports de la Côte Bleue afin de promouvoir les produits de la pêche (ex : brochure, fiches recette, étiquetage pêche locale durable, site facebook, “fish dating”, festival cuisine, etc.). Un premier test de produit devrait être effectué en 2018.

 

Le projet FishMPABlue2 est un projet du Programme Interred Mediterranean de la Commission Européenne. Il est co-financé à 85% par le Fonds Européen de Développement Régional. Le projet a une durée de 3 ans, de novembre 2016 à octobre 2019 avec un budget de 3,5 millions d’euros. Il regroupe 8 partenaires (Federparchi, MedPAN, CoNISMa, WWF Adria, Université de Nice Sophia Antipolis, WWF Méditerranée, UICN Méditerranée et APAM) et 6 partenaires associés (CGPM, MedWet, Agence française pour la biodiversité, CAR/ASP, Institut de la République de Slovénie pour la tutelle de la nature, Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et de l’Environnement en Espagne).

 

[1] Les prud’homies de pêche sont des communautés de patrons pêcheurs qui sont nées en France au Moyen Âge sur les côtes méditerranéennes en Provence et ont su se maintenir malgré les changements de régime tout en étant encadrées par le pouvoir central.

[2] En dehors du programme spécifique à appliquer sur la Côte Bleue, le Parc Marin participera à une démarche conjointe avec MEDPAN en vue d’étudier avec le Comité Régional des Pêches Maritimes et des Elevages Marins de Provence Alpes Côte d’Azur les possibilités d’habilitation de personnels du PMCB en tant que gardes-jurés maritimes. Ce statut permettrait aux agents du PMCB d’avoir une meilleure compétence pour constater les infractions en matière de pêche maritime que le statut actuel de garde-juré.