Jijel, Algérie, février 2018 : une quinzaine de pêcheurs artisanaux de 8 pays méditerranéens se sont joints à des gestionnaires d’Aires Marines Protégées (AMP) pour discuter de comment mieux gérer l’espace marin ensemble. Organisé à l’initiative du réseau MedPAN, cette rencontre a bénéficié du soutien du Ministère algérien de l’Agriculture, du Développement Rural et de la Pêche, de la Direction générale de la pêche et de l’aquaculture, du Parc national de Taza, de la plateforme LIFE (The Low Impact Fishers of Europe), de la Plateforme maghrébine de la pêche artisanale durable, du Réseau algérien des associations de la pêche artisanale, du WWF, avec le soutien financier de la Fondation MAVA, du WWF et du PNUE/PAM à travers le projet « MedMPA network » financé par l’Union Européenne.

Pendant ces 3 journées de rencontres, pêcheurs artisanaux et gestionnaires d’AMP ont échangé sur des sujets et préoccupations d’intérêt mutuel, et discuté de la mise en œuvre de solutions. Liens vers programme, présentations, photos…

Consultez le programme, la liste des participants, et les présentations.

2017 Regional Mediterranean artisanal fisheries event

La pêche artisanale est l’un des creusets de l’identité méditerranéenne et des communautés entières dépendent de cette activité. Aujourd’hui elle représente 83% des embarcations de pêche en Méditerranée et en mer noire et 57% de l’emploi direct dans le secteur de la pêche (150 000 pêcheurs et une activité économique connexe importante) mais ne génèrent que 14% des captures pour 20% de leur valeur[1].

Les pêcheurs artisanaux sont directement dépendants de la santé des écosystèmes marins et de l’abondance des espèces qu’ils ciblent. Leurs stratégies de pêche, côtières et dans un rayon limité par rapport aux ports d’attache pour la plupart, visent à alterner zones et engins de pêche sélectifs afin de cibler des espèces variées en fonction des saisons. Ainsi, lorsqu’elle est pratiquée avec adaptabilité en termes d’engins et d’espèces ciblées, retenue (avant que les stocks ne montrent de signes d’épuisement)  et respect des règles établies, la pêche artisanale peut être beaucoup moins impactante sur la ressource et les habitats que les autres types de pêche. Mais aujourd’hui le maintien de cette activité est entravé par l’effondrement de la ressource qui est constatée à tous les niveaux.

Les AMP sont de plus en plus utilisées comme un des outils de gestion des pêcheries artisanales. En effet leur objectif principal est la protection de la biodiversité et des écosystèmes, et leurs résultats sur la régénération de la ressource peuvent directement bénéficier aux pêcheurs. Du fait de son échelle et de ses pratiques, la pêche artisanale est compatible avec une utilisation durable des ressources côtières et ainsi, pêcheurs et gestionnaires d’AMP se sont rapprochés.

Un certain nombre de réunions et de projets axés sur la pêche artisanale a eu lieu au cours des dernières années. De nombreuses recommandations en ont découlé, notamment en ce qui concerne la compatibilité éventuelle des pêches artisanale avec les objectifs de conservation marine et la manière de parvenir à une meilleure gestion de l’environnement marin et à la régénération de la ressource.

Durant les trois jours d’échange en Algérie, les ateliers en groupes par sous-région et les discussions en plénière ont permis aux pêcheurs et aux gestionnaires d’AMP de partager leurs contraintes propres, leurs préoccupations communes et des recommandations sur des solutions à mettre en oeuvre identifiées ensemble. La nécessité de rebondir face à la diminution de la ressource, la concurrence émanant de la vente illégale des prises de la pêche de plaisance ou du chalutage illégal dans la bande côtière, le faible poids politique des pêcheurs artisanaux limitant leurs droits (couverture sociale, attribution des quotas…), la gestion efficace des AMP sont autant de sujets qui ont suscité les débats. L’importance d’une réglementation adaptée et d’un contrôle réel dans les AMP, comme la mise en oeuvre effective de zones de non-prélèvement, des mesures de gestion efficaces des AMP qui permettent la régénération de la ressource avec des résultats tangibles pour les pêcheurs, l’implication des pêcheurs dans la gestion des AMP, une meilleure valorisation des produits de la pêche (labels, organisation du marché…) ou encore le renforcement de capacités des acteurs de la pêche, sont les orientations principales des recommandations qui seront publiés dans les prochaines semaines.

Ces recommandations, qui offrent une bonne représentation des préoccupations communes aux pêcheurs artisanaux et aux gestionnaires d’AMP, ont vocation à être portées auprès d’acteurs institutionnels clé afin d’aider à concrétiser les ambitions sur le terrain. Elles seront transmises, par les différents partenaires de l’évènement, à la Commission Générale des Pêches en Méditerranée de la FAO pour contribuer à la préparation du Plan d’Action Régional de la pêche artisanale. Ce dernier sera présenté pour adoption en septembre 2018 à la réunion interministérielle sur la pêche artisanale en Méditerranée et en mer noire de Malte, un événement cherchant à susciter une volonté politique et des actions concrètes pour soutenir la pêche artisanale dans la région.

Les échanges (entre pêcheurs, entre gestionnaires d’AMP et pêcheurs et par sous-région méditerranéenne) qui se sont déroulés à Jijel, ont vocation à se répéter régulièrement au cours des prochaines années. Plus largement pour le réseau MedPAN, 2018 sera une année orientée sur la gestion de la pêche dans les AMP, dans le cadre notamment d’un projet d’envergure financé par la fondation MAVA et du projet FishMPABlue2 d’Interreg MED en association avec les partenaires et sites pilotes de ces projets. Sont prévus une autre visite d’échange entre pêcheurs et gestionnaires en juin sur l’AMP de Torre Guaceto en Italie, une formation régionale en octobre au parc naturel de Telašćica en Croatie et un atelier méditerranéen d’échange d’expérience en fin d’année.

[1] Source : GFCM