Auteur-ices : L’équipe INTEMARES

Dans un contexte mondial de préoccupation croissante pour la protection et l’utilisation durable de l’océan, l’Espagne s’oriente progressivement vers une plus grande protection de son environnement marin. En raison de son immense superficie marine (plus d’un million de kilomètres carrés), de sa situation entre l’océan Atlantique et la mer Méditerranée (et entre les continents européen et africain) et des conditions océanographiques différentes dans les différentes mers espagnoles, l’Espagne est l’un des pays les plus riches d’Europe en termes de biodiversité marine. Les estimations indiquent la présence de plus de 11 000 espèces marines connues, en plus d’une grande variété d’habitats marins, tels que des canyons, des grottes sous-marines, des récifs coralliens, des structures sous-marines causées par des fuites de gaz, des prairies sous-marines, des champs sous-marins et des forêts d’algues.

En quelques années, de gros efforts ont été faits pour protéger ce patrimoine naturel dans le cadre de la législation et du financement nationaux et communautaires. La mise en œuvre du projet LIFE+INDEMARES a représenté une avancée significative en termes d’acquisition de connaissances sur les habitats et les espèces marines, principalement dans les zones offshore, et a permis de faire passer la protection de 1 % au départ à 8 % à la fin du projet en 2014. Actuellement, l’Espagne compte près de 300 aires protégées, dont 272 sont incluses dans le réseau Natura 2000, le plus grand réseau de aires protégées au monde. Grâce à la dernière déclaration en tant qu’ASPIM du corridor méditerranéen des cétacés en 2018, une vaste zone dans le cadre de la Convention de Barcelone, la protection de sa surface marine a atteint 12 % et se dirige vers l’objectif de protection de 30 % en 2030, un objectif de la Déclaration d’urgence climatique et environnementale approuvée par le gouvernement espagnol en janvier 2020 et de la nouvelle stratégie de l’Union européenne pour la biodiversité en 2030.

Campagne océanographique INTEMARES dans le “Cañón de Avilés”, Institut espagnol d’océanographie, 2019.

Une nouvelle approche de la gestion du milieu marin est nécessaire pour parvenir à un océan durable et à la protection de sa biodiversité, en commençant par la nécessité d’accroître les connaissances scientifiques sur ses valeurs et son fonctionnement, en abordant les questions de gouvernance, en intégrant les gestionnaires et les parties prenantes et en répondant aux besoins de formation et de renforcement des capacités pour assurer une conservation adéquate et une gestion efficace.

Ces objectifs sous-tendent le projet intégré LIFE INTEMARES, qui est coordonné par la Fondation pour la biodiversité du ministère de la transition écologique et du défi démographique, en association avec un partenariat diversifié et unique de gestionnaires, de scientifiques de la mer, d’ONG et de représentants du secteur de la pêche : la direction générale de la biodiversité, des forêts et de la désertification du ministère de la transition écologique et du défi démographique ; l’Institut espagnol d’océanographie, SEO/BirdLife, le WWF Espagne et la Confédération espagnole de la pêche. Elle bénéficie de la contribution financière du programme LIFE de l’Union européenne.

Depuis son lancement en 2017, elle a impliqué directement plus de 13 000 personnes et 800 organisations dans le but de s’orienter vers un nouveau modèle de gestion marine, avec la participation et la science comme outils de base dans la prise de décision.

Un vaste programme d’actions est en cours d’élaboration dans les domaines de la recherche, de la conservation, de la surveillance, de la gouvernance, du renforcement des capacités et de la sensibilisation à l’environnement. Afin d’améliorer la connaissance de l’océan, 15 campagnes océanographiques ont été menées dans les aires marines offshore pour améliorer les connaissances scientifiques sur les habitats et les espèces, sur les impacts des utilisations humaines sur la biodiversité, y compris la pêche, et aussi pour explorer de nouveaux sites en vue d’une éventuelle déclaration comme sites Natura 2000

De même, un processus participatif est en cours avec des scientifiques et des experts de la biodiversité marine pour analyser les insuffisances du réseau marin Natura 2000 sur la base des séminaires de l’UE. L’achèvement de ce processus est prévu pour le printemps 2021 et la feuille de route qui en résultera ouvrira la voie à la déclaration de nouveaux sites en vue de la déclaration de 30 % d’ici 2030.

En outre, un programme de formation complet a été lancé sur la base d’une stratégie de renforcement des capacités élaborée avec la participation de plus de 290 personnes qui ont contribué à identifier les besoins de formation qui nous permettront d’évoluer vers des modèles plus inclusifs dans la gestion des zones marines protégées. Les questions abordées comprennent la gouvernance, la gestion appliquée, l’éducation et la sensibilisation, la communication et l’information, les compétences et les fondations transversales et l’esprit d’entreprise dans le réseau marin Natura 2000. À ce jour, plus de 13 000 personnes des administrations publiques ont été formées, dont la Garde civile marine et la Marine.

En outre, neuf processus participatifs sont en cours pour impliquer activement les secteurs socio-économiques, les gestionnaires et les utilisateurs dans l’élaboration de plans de gestion pour les sites du réseau marin Natura 2000. Les premières étapes ont été franchies pour l’élaboration de plans et de stratégies de conservation pour différentes espèces menacées, telles que le marsouin commun (Phocoena phocoena) ou la patelle ferrugineuse (Patella ferruginea), entre autres, ainsi que pour la mise en œuvre de mesures de conservation spécifiques visant les habitats et les espèces marines, telles que les tortues, les cétacés, les oiseaux et les herbes marines, y compris les lits de posidonies en mer Méditerranée.

En outre, une stratégie de gouvernance sera bientôt publiée, ainsi qu’un guide pour les processus participatifs. Son objectif est de fournir des lignes directrices et des outils pour améliorer la gouvernance marine dans les aires du réseau Natura. Parallèlement, la collaboration interadministrative et sectorielle a été renforcée afin d’assurer une bonne coordination pour l’intégration des différentes politiques publiques.

Enfin, depuis le début du projet, un système efficace d’intégration des financements pour la conservation de la biodiversité marine est mis en œuvre, mobilisant annuellement des fonds du Fonds européen pour la mer et la pêche (par le biais du programme Pleamar), du Fonds social européen (par le biais du programme empleaverde) et des fonds nationaux gérés par l’appel à propositions du FB. À ce jour, plus de 200 projets ont été financés pour compléter les objectifs d’INTEMARES.

A 4 ans de la fin du projet en 2024 et avec encore de nombreux objectifs à atteindre, INTEMARES est en passe de poser les bases du nouveau modèle de gestion poursuivi en accord avec les politiques européennes et internationales sur les océans.

Les plus grands prédateurs du monde dans l’océan bleu. Cosse de cachalots nageant au large des côtes de Sao Miguel Açores. Le cachalot (Physeter macrocephalus), une espèce présente dans le corridor des cétacés de la Méditerranée (libre de droits).