MedPAN a participé au 4e Congrès international des Aires Marines Protégées (IMPAC4) qui a eu lieu sous le thème « Aires Marines Protégées: réunir les hommes et les océans » du 4 au 8 septembre 2017 à La Serena-Coquimbo (Chili). Près de 1 000 participants issus d’institutions liées à la conservation, d’organismes gouvernementaux, d’établissements universitaires et de recherche et de la société civile ont participé à l’événement et ont discuté l’importance des Aires Marines Protégées (AMP) en tant qu’outils essentiels pour le développement durable et la conservation de la biodiversité.

       IMPAC4

La semaine des échanges s’est achevée avec un événement de haut niveau sous l’égide de Michelle Bachelet, présidente de la République du Chili, où ministres, scientifiques éminents et autres acteurs sélectionnés sur le volet ont été invités. MedPAN en faisait partie ! SAS le Prince Albert II de Monaco a prononcé un discours marquant qui a permis de rendre compte de l’importance cruciale des AMP et de la nécessité de les soutenir et de les développer. Vous pouvez lire son discours ici. Cet événement de haut niveau s’est conclu par un « Appel à l’action pour les océans » auquel un certain nombre de pays se sont déjà joint. En savoir plus sur cet événement de haut niveau.

La semaine a permis aux parties prenantes d’échanger et de partager leurs expériences avec la vision commune de la réalisation d’un réseau d’aires marines protégées couvrant 10% de l’océan à l’horizon 2020, et 30% d’ici 2030. La Méditerranée était bien représentée avec la participation d’un certain nombre de membres du réseau MedPAN et de son conseil d’administration ainsi que du secrétariat MedPAN qui a organisé de nombreux événements.

Un tour d’horizon complet du congrès est disponible sur ce lien (en anglais) mais voici un aperçu des thèmes que MedPAN a identifié comme prioritaires :

Mécanismes de financement des AMP

MedPAN a été invité à parler à 2 sessions sur le thème du financement: l’une organisée par la GIZ, l’agence de coopération allemande et axée sur l’initiative « Blue Solutions » et une autre organisée par la NOAA. Ces séances ont été l’occasion de présenter notre expérience méditerranéenne (par exemple, le modèle de financement du parc national Brijuni en Croatie a été expliqué et compte maintenant parmi les études de cas incluses dans la plate-forme Panorama, ainsi que l’étude de 2015 sur les besoins de financement des AMP méditerranéennes) et pour discuter de la façon dont nous pouvons accélérer le financement des AMP. La nécessité d’une meilleure connaissance et communication sur les bénéfices socio-économiques des AMP et les avantages d’un océan sain a été soulevée, rappelant l’impact de la publication WWF de 2015 sur le sujet (Reviving the Ocean economy). WWF et Boston Consulting Group ont d’ailleurs récemment publié un rapport portant sur la Méditerranée « Reviving the economy of the Mediterranean Sea« . L’importance de travailler sur les cadres juridiques nécessaires pour promouvoir les mécanismes de financement locaux a été soulignée.

Evolution de la gestion des AMP

La gestion des espèces migratrices par le biais des réseaux d’AMP a été abordée, avec un atelier entier organisé par MedPAN sur le sujet. Voir l’article MedPAN pour un compte rendu de cet atelier.

De nombreux participants ont également parlé de l’importance d’impliquer les communautés locales dans la planification de la conservation (cogestion) et de prendre en compte les connaissances et la gestion traditionnelles.

Tout aussi important, il a été noté que les AMP doivent prendre en compte et influencer ce qui se passe en dehors de leurs limites à l’échelle du territoire côtier et marin. La gestion intégrée de la zone côtière et la planification marine spatiale sont les processus dans lesquels les AMP doivent être associées.

L’utilisation de technologies ad-hoc pour améliorer la gestion des AMP a été soulevée tout au long de la semaine avec des discussions sur l’outil de surveillance et de reporting spatial (SMART), les drones et les satellites.

AMP et gestion des océans

De nombreuses discussions ont également porté sur la nécessité d’une gestion durable des océans au-delà de la gestion des AMP, en particulier dans les régions situées au-delà des juridictions nationales où un manque de gestion concertée peut sévèrement nuire aux écosystèmes marins et à la biodiversité.

AMP et changements climatiques; importance des réserves marines intégrales

Le lien entre le changement climatique et la conservation était sur toutes les lèvres pendant le congrès. Le premier jour du congrès était d’ailleurs consacré au sujet et un atelier intéressant organisé par la Méditerranée de l’UICN a souligné la nécessité cruciale de travailler ensemble (voir le projet MPA-Adapt piloté par l’UICN Méditerranée). Enric Sala, scientifique résident de la National Geographic Society, a livré un discours remarquable lors de l’événement de haut niveau pour souligner l’importance des réserves marines intégrales – les AMP avec une protection forte – pour améliorer la résilience des écosystèmes et donc mieux résister aux impacts des changements climatiques. Voir la publication 2017 d’Enric Sala.

Alors que les AMP ont été créées à l’origine pour protéger certaines zones de beauté particulière ou dotées d’une biodiversité unique, le concept s’élargit de nos jours pour inclure la résilience des écosystèmes marins pour l’adaptation aux changements globaux. Les réserves marines intégrales sont les zones protégées les plus efficaces dans l’océan. Il a également été mentionné que les contributions à l’échelon national (NDC) que chaque partie à l’accord de Paris doivent déclarer devraient intégrer les AMP.

MedPAN a également organisé un knowledge cafe pour réfléchir à comment mieux promouvoir l’importance des zones de non prélèvement, de non-accès et de non pêche vis-à-vis des acteurs locaux et des pouvoirs publics. Les travaux sur ce sujet se poursuivront au cours des prochains mois; MedPAN souhaite en effet produire des outils faciles d’utilisation pour les AMP afin de promouvoir les avantages de ces zones (la déclaration de Tanger inclut un objectif de 2% pour les zones de non-prélèvement en Méditerranée). MedPAN a également assisté au knowledge cafe organisé par l’UICN France sur les critères et la définition des zones entièrement protégées.

Connecter les hommes et Appel des réseaux à une action commune

« Si vous voulez aller vite, travaillez seul; mais si vous voulez aller loin, travaillez ensemble «  ; ce proverbe sénégalais s’applique particulièrement au développement des AMP et toute une journée du congrès était consacrée au sujet. Les réseaux de gestionnaires d’AMP au niveau régional étaient « incontournables » à La Serena, grâce en grande partie à la forte promotion du projet « Vers une coopération transatlantique des Aires Marines Protégées » financé par la Communauté Européenne. Ce projet est constitué de trois projets de jumelage, dont l’un est axé sur l’amélioration de la coopération entre les réseaux de gestionnaires d’AMP. Les partenaires du projet de jumelage comprennent quatre réseaux régionaux de gestionnaires d’AMP, provenant des Caraïbes (CaMPAN), de la Méditerranée (MedPAN), de l’Amérique du Nord (NAMPAN) et de l’Afrique de l’Ouest (RAMPAO). Deux institutions nationales travaillant avec les réseaux d’AMP, l’Agence Française pour la Biodiversité et le Ministère de l’agriculture, des pêches, de l’alimentation et de l’environnement par l’intermédiaire de la Fondation de la biodiversité en Espagne, ont également rejoint le jumelage. Au cours d’IMPAC4, ces réseaux ont lancé un appel à une action conjointe avec une déclaration engageant à travailler ensemble à l’objectif commun de construire un réseau transatlantique d’AMP. Cet appel concerne les pays, les gestionnaires, les bailleurs, les scientifiques et les autres acteurs à un niveau local, national, régional et international. L’appel peut être visualisé et signé ici: https://transatlanticmpanetwork.eu/fr/call-for-joint-action-by-mpa-networks/. Il convient également de noter que Purificacio Canals, présidente de MedPAN et chef de file du projet transatlantique a eu l’occasion de parler de cet appel lors de l’événement de haut niveau.

MedPAN et l’Agence Française de la Biodiversité ont également organisé une soirée spéciale dédiée à la valeur ajoutée des réseaux, brillamment introduite par une intervention du scientifique chilien Carlos Gaymer sur une collaboration « fondatrice » entre la Réserve marine Islas Choros-Damas au Chili et le parc national de Port-Cros pour élaborer un plan de gestion pour cette AMP chilienne nouvellement créée. Le vin, le fromage et la bonne compagnie ont contribué au succès retentissant de cet événement.

L’initiative IMPANA a également été présentée par Christophe Lefebvre de l’UICN lors de cet événement et Dan Lafolley, de la Commission mondiale sur les aires protégées de l’UICN, a parlé de la nouvelle plateforme click to connect, qui a pour objectif de faciliter la compréhension de qui fait quoi dans le monde de la conservation marine.

Renforcer les échanges et les partenariats

Il a également été noté que le système de gouvernance des AMP doit être renforcé à toutes les échelles, d’une dimension locale à nationale et d’une région à l’autre. Des partenariats avec tous les acteurs concernés doivent être développés sur toutes ces échelles; avec par exemple les tours opérateurs, l’industrie de la pêche ou d’autres industries.

A un niveau institutionnel, l’importance du lien entre les conventions sur les mers régionales et les Commissions régionales des pêches a été rappelée.

Bases de données des AMP

Un certain nombre de bases de données des Aires Marines Protégées ont été discutées lors du congrès. La base de données mondiale des Aires Protégées, bien sûr, mais aussi Biopama qui couvre l’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique, ou l’Observatoire numérique pour les Aires Protégées (DOPA) récemment lancé par la Commission européenne. MedPAN s’efforcera de s’assurer que les données recueillies dans le cadre de MAPAMED contribuent à compléter l’information disponible pour la Méditerranée.

Aires Marines Protégées éducatives

La France a été très active dans le développement et la promotion des Aires Marines Protégées éducatives qui sont de petites zones côtières gérées de manière participative par des élèves du primaire, conformément à des principes définis dans une charte. Né en 2012 dans les îles Marquises dans le Pacifique, le concept s’est aujourd’hui répandu dans d’autres territoires français, y compris en métropole, et d’autres pays s’y intéressent, comme par exemple, sur les îles de Pâques ou d’Hawaï. Un réseau international d’Aires Marines Protégées éducatives est envisagé. Plus d’informations sur le site web de l’Agence Française de la Biodiversité.

 


IMPAC5 aura lieu en 2021 à Vancouver, au Canada


 

 

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