La prise de conscience de l’épuisement des ressources naturelles et de l’impact des activités humaines sur l’environnement nous engage à améliorer la durabilité de nos modes de développement. Dans nos sociétés, où l’économique est toujours considéré comme le moteur essentiel du développement, la protection de l’environnement est encore comptée comme une charge plutôt que considérée comme un investissement.

Pourquoi cela alors que les bénéfices que nous tirons de la nature sont immenses? Nous dépendons tous de ses fonctions et des services écologiques vitaux qu’elle fournit. De ce point de vue, la nature est à considérer comme un bien commun irréductible à l’économique. Pour autant, les contributions de la nature au développement socio-économique sont bien réelles. Insuffisamment reconnues, elles sont mal intégrées dans la prise de décision publique et privée.

En raison de leur attractivité, les territoires littoraux méditerranéens concentrent de nombreux enjeux. Tout autour du bassin, les pressions croissantes des activités humaines et du changement climatique altèrent la biodiversité et les écosystèmes de ces territoires. Les zones humides littorales et les zones côtières, notamment, sont des milieux particulièrement riches en biodiversité et utiles à l’homme.

Elles sont pour ces mêmes raisons très vulnérables. Pour permettre « aux générations actuelles de répondre à leurs besoins sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs »1, ces espaces sont à considérer comme des laboratoires prioritaires du développement durable. Cela suppose que les élus, les acteurs économiques, les citoyens s’engagent ensemble pour une gestion concertée et équilibrée des enjeux environnementaux, économiques et sociaux de leurs territoires.

Investir dans la protection de l’environnement ne consiste donc pas à mettre la nature « sous cloche », mais à convenir de règles d’usages pour préserver le capital naturel dans le temps et assurer la pérennité des services écologiques qu’il procure. Des initiatives concrètes démontrent que les espaces côtiers protégés sont des moteurs essentiels d’une économie durable du littoral. Les retombées socio-économiques des Aires Marines Protégées et des Zones Humides protégées sont nombreuses et tangibles: création d’activité et d‘emploi dans les secteurs de la pêche artisanale, du tourisme, des loisirs, de la culture,mais aussi bénéfices indirects (approvisionnement en eau, atténuation des risques naturels, stockage du carbone,…). Ces espaces contribuent plus largement à l’attractivité des territoires, à la qualité de vie, au bien-être et à la santé, à l’éducation, à la citoyenneté, et à la liberté d’être2. Autant de bénéfices moins quantifiables que l’on aurait tort d’ignorer3.

Rappelons que c’est une nature préservée et des usages gérés qui sont à l’origine de ces bénéfices. Le rétablissement de la ressource halieutique, une biodiversité plus riche, une nature vivante sont des conditions préalables au dynamisme d’un espace côtier protégé et à son rayonnement sur un territoire large.

De nombreuses initiatives concertées sont en marche sur le littoral méditerranéen et des résultats concrets ont été démontrés.

1. Rapport Brundtland « Notre avenir à tous » (1987)
2. Voir le cadre défini par A. Sen
3. Toutes ces dimensions du bien-être sont liées aux services écologiques rendus par les écosystèmes comme démontré par le programme des Nations Unies, le Millenium Ecosystem Assessement (2000-2005) et repris plus récemment dans le cadre du programme The Economics of Ecosystem Assessment (2008-2012 et suivant).