Des événements de mortalité massive du bivalve endémique Pinna nobilis (grande nacre) ont été enregistrés dans les populations de la Méditerranée occidentale au cours de la dernière année et demie. Ils sont apparus pour la première fois dans le sud-est de la péninsule ibérique et dans les îles Baléares fin 2016 et se sont rapidement répandus depuis, causant la mortalité d’environ 99% des individus dans toutes les populations infectées. A ce jour, la mortalité a été confirmée sur toute la côte espagnole et à plusieurs endroits en Corse et en Italie (Naples et Sicile).


Zones connues touchées par l’éclosion de mortalité de Pinna nobilis en mars 2018.

Des experts espagnols ont confirmé que l’épidémie est causée par une nouvelle espèce de parasite haplosporidien, qui se trouve dans les glandes digestives des individus infectés. Lorsqu’elles sont infectées dans leur environnement naturel, les grandes nacres présentent une rétraction du manteau, aucune réaction aux stimuli et des valves ouvertes, car elles ne sont plus capables de fermer leurs coquilles. La mort est attribuée au blocage direct de la glande digestive par le parasite et à la famine subséquente du bivalve. Une fois qu’une population est infectée, la probabilité de survie de tout individu est très faible, sans possibilité de créer des zones tampons.

Les premières observations semblent indiquer que le cycle du parasite est au moins partiellement influencé par la température, et donc l’augmentation saisonnière de la température de l’eau de mer est susceptible d’intensifier le problème et de favoriser la propagation de la maladie à de nouvelles régions.

Lors d’une récente réunion organisée par le Centre pour la coopération méditerranéenne de l’UICN et le Ministère espagnol de l’agriculture et des pêches, de l’alimentation et de l’environnement, des experts des pays concernés se sont réunis pour discuter des possibilités d’adaptation et formuler des recommandations pour la survie de l’espèce. Compte tenu du taux élevé et rapide d’expansion du parasite jusqu’à présent, la viabilité des populations de Pinna nobilis dans toute la Méditerranée pourrait être sérieusement compromise au cours des prochaines années. Il y a un besoin urgent d’évaluer l’état actuel des populations ailleurs et de commencer la coordination d’un programme de sauvetage dans les pays de la région méditerranéenne occidentale et centrale où le parasite n’est pas encore arrivé.

Sur la base des résultats de la réunion, le Centre pour la coopération méditerranéenne de l’UICN propose une série de recommandations pour les aires marines protégées en Méditerranée, car elles représentent des domaines clés pour une action rapide et une mise en œuvre rapide des mesures de conservation:

  1. AUGMENTER LA FRÉQUENCE DES SUIVIS pour les AMP situées en Méditerranée occidentale et centrale. Les suivis devront être effectués en particulier tous les mois pendant l’été mais aussi en hiver. Cela devrait inclure:

    – Suivre (par des moyens visuels) le statut de toute la population de Pinna nobilis et de Pinna rudis dans votre AMP. Vous pourriez vouloir explorer la possibilité d’assistance avec des organisations locales, des centres de plongée et des groupes de recherche.
    – Les suivis devraient également inclure de prendre des biopsies tissulaires des populations dans votre AMP pour découvrir la présence ou l’absence du parasite. Même si les individus ont l’air en bonne santé, il est IMPORTANT de s’assurer que le parasite n’est pas arrivé dans votre AMP. Pour des informations concernant l’analyse tissulaire, nous vous recommandons de contacter un laboratoire local / national ayant une expertise en analyse moléculaire et histologique.
    – Signaler tout changement inhabituel dans les populations. Si une mortalité massive de la population est observée, contactez dès que possible votre administration nationale. Merci également de nous le faire savoir afin que nous puissions informer d’autres zones et régions.

  2. COLLABORER DANS L’IDENTIFICATION DES HOTSPOTS DE PINNA NOBILIS dans toute la région – populations à forte densité dans des zones qui n’ont pas encore été affectées par le pathogène, en tant que sites prioritaires pour la mise en œuvre précoce des mesures de gestion. Veuillez nous contacter si votre AMP présente une population significative (forte densité avec plus de 10 ou 20 individus par 100m2) de P.nobilis.

  3. SOULEVER LA QUESTION AU NIVEAU NATIONAL ET PLAIDER POUR L’ÉLABORATION D’UN PROGRAMME DE SAUVETAGE qui ciblerait les spécimens adultes et juvéniles. Les premiers programmes de sauvetage sont déjà en cours en Espagne et en France, dans le but d’élever le Pinna en captivité et d’explorer la possibilité de la transplantation des juvéniles résilients à l’avenir.Plus d’informations
    https://www.iucn.org/news/mediterranean/201805/pinna-nobilis-mass-mortality-outbreak-mediterranean-%E2%80%93-call-action-central-and-western-mediterranean-countries

    Contact: Maria del Mar Otero, Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN à MariadelMar.OTERO@iucn.org