D’après un article publié par le Parc national des Calanques le 4/7/2018

À l’automne 2015, sur renseignement, les services de gendarmerie sont informés d’agissements de personnes braconnant en toute impunité depuis plusieurs années dans les eaux du Parc national des Calanques. Après deux années d’enquête, menées par la gendarmerie maritime et la police nationale, quatre personnes sont renvoyées devant le Tribunal correctionnel de Marseille pour, notamment, des faits de pêche en zone interdite.

Il s’agit de la première affaire de cette importance à être jugée en France.

Calanque d’En Vau © GIP des Calanques

Depuis 2012, le Parc national des Calanques œuvre pour protéger un patrimoine naturel terrestre et marin exceptionnel. En mer, cette action passe notamment par la création, le suivi et la surveillance de sept zones de non prélèvement, interdites à toute forme de pêche, qu’elle soit récréative ou professionnelle. Le respect de ces zones de non prélèvement par les pêcheurs professionnels ainsi que par les pêcheurs de loisir a permis d’augmenter considérablement le nombre et la quantité de poissons présents dans le cœur du Parc national et de reconstituer un milieu productif.

Les zones de non pêche constituent une « banque » de biodiversité que les prévenus ont pillée, au détriment de l’effort consenti par tous. Parmi les espèces visées, figurent des quantités importantes de mérous, espèce emblématique de la Méditerranée, protégée au niveau international et interdite à la pêche jusqu’en 2023.

Le Parc national des Calanques sollicitera la réparation du préjudice porté au territoire, les faits constituant une atteinte à sa mission de protection de l’environnement ainsi qu’à son image de marque et à sa réputation.

Le Parc national des Calanques sollicitera également la réparation du préjudice écologique, estimé selon une méthode scientifique rigoureuse à hauteur de 450.000 euros. Si le Tribunal fait droit à la demande du Parc national, cette somme sera affectée à la « réparation » de l’environnement impacté, à travers le renforcement des mesures de gestion, de suivi et de surveillance des zones de non prélèvement.

Le Parc national des Calanques attend des prévenus une prise de conscience quant à l’atteinte qu’ils ont causée à un patrimoine naturel exceptionnel, de renommée internationale, dans des zones qui constituent des espaces de découverte de la nature, de ressourcement et de tranquillité au bénéfice de l’ensemble des habitants et visiteurs.

Un fléau répandu dans les Aires Marines Protégées méditerranéennes

Le braconnage affecte de très nombreuses Aires Marines Protégées de Méditerranée, avec des dégâts potentiels important pour celles qui contiennent des zones fortement ou strictement protégées (où l’accès, la pêche et d’autres prélèvements sont interdits).  En effet la science a prouvé que si ces zones sont bien positionnées et dimensionnées et si elles sont surveillées de façon efficace, ‘elles produisent des résultats inestimables: elles restaurent la biomasse et la structure des assemblages de poissons et rétablissent la résilience des écosystèmes. Un examen récent de 25 AMP en Méditerranée – La science des Aires Marines Protégées, version Méditerranée – montre que dans les zones fortement protégées, les poissons sont 4 fois plus lourds, plus gros, plus nombreux et plus diversifiés. Cette abondance de vie peut également s’exporter hors de ces zones fortement protégées et repeupler les zones adjacentes. 

Mais comme les mesures de conservation dans les AMP ciblent souvent des espèces en danger ou protégées qui ont acquis une forte valeur commerciale, le retour de ces espèces attisent la convoitise des braconniers.

Ces zones fortement protégées ne sont donc efficaces que si une réglementation adaptée est mise en place et respectée. La sensibilisation des publics est alors primordiale et la surveillance indispensable. Lorsque des infractions sont constatées ou suspectées, les AMP les plus efficaces sont celles qui réussissent à coopérer avec l’ensemble des services d’intervention en mer ainsi qu’avec la justice, afin que des sanctions exemplaires soient prononcées. Pour aller plus loin, n’hésitez pas à consulter le guide pratique de la collection MedPAN « Surveillance et application des réglementations dans les AMP de Méditerranée » publié en 2015.